On peut conclure qu'aujourd'hui, si l'on veut comprendre la guerre civile en Yougoslavie et éventuellement agir préventivement vis-à-vis d'autres crises à venir dans le monde, il serait absurde et injustifié d'examiner uniquement le niveau micro et de camoufler le niveau macro derrière des mots tels que grande politique mondiale, droits de l'homme et derrière le spectacle du tribunal international.

 

De plus, le concept même sur lequel les Nations-Unies sont fondées suppose que traiter des causes des conflits internationaux devrait être leur préoccupation principale. Pourquoi les causes sont-elles oubliées dans le statut de La Haye et pourquoi ne juge-t-on que les conséquences ? L'explication est peut-être simple. Lors d'une conversation à l'occasion de la parution de son dernier livre sur la guerre dans les Balkans et la guerre du Koweït (Le sang du pétrole, L'Age d'Homme, Lausanne 1996), le général Pierre M. Gallois a suggéré que la guerre dans les Balkans fut beaucoup moins "spontanée" qu'on ne le pense. Comment expliquer autrement que les Nations-Unies n'aient pas agi préventivement quand il était facile de prévoir l'éclatement du conflit ? Rappelons-nous que l'ONU existe pour maintenir la paix et la sécurité. Ceux qui ont instauré le tribunal de La Haye ne craignent-ils pas aujourd'hui qu'un tribunal qui traiterait des causes ne les conduisent sur le banc des accusés ? De fait, un tel procès pourrait pousser à rechercher les responsables parmi des personnalités éminentes toujours influentes : des hommes d'Etat, des journalistes, des intellectuels, des "philosophes" ainsi que dans les gouvernements de certains Etats, parmi les dirigeants des Etats apparus avec le démantèlement de la Yougoslavie, les dirigeants d'Etats voisins ainsi que des Etats qui, d'une manière ou d'une autre, ont encouragé et aidé l'éclatement de la Yougoslavie. Par exemple, même si les décisions de la commission Badinter étaient été considérées comme juridiquement défendables, toute ingérence active dans la problématique yougoslave (par des actions politiques, médiatiques, le commerce d'armes, l'entraînement sur le territoire d'Etats voisins de formations paramilitaires destinées à agir sur le sol de la Yougoslavie, etc.) avant que cette commission n'ait rendu son rapport devrait être considérée comme une ingérence dans les affaires intérieures d'un pays et, du fait des conséquences qui en ont résulté, comme un crime contre la paix. D'autre part, selon certains analystes, les décisions mêmes de la commission Badinter représentent également un crime contre la paix dans l'esprit du droit international. Il en est de même pour l'acte de reconnaissance de la Bosnie-Herzégovine au printemps 1992 dont les conséquences étaient faciles à prévoir et qui, de ce fait, constitue un grave délit sur le plan moral.

 

Next page.